Timst’s Happy Place

5 Ans

by timst on août 20, 2017

Dans 10 jours, ça fera 5 ans que j’ai déménagé en Scandinavie. C’est l’occasion de faire une petite rétrospective. En 5 ans, qu’ais-je fait ? Entre autres et en ordre chronologique inversé, j’ai :

Joué au squash
Bu une canette de 1L de bière à 10% acheté dans une station de métro
Participé à un tournoi de biathlon
Acheté des skis
Bu une noix de coco
Pris la ligne circulaire de Yangon
Conduit un scooter
Ragé
Échangé des opłatki
Caressé des chatons
Couru un semi marathon
Grimpé une montagne
Pré-acheté No Man’s Sky comme un imbécile 
Jeté des glowsticks
Vu Kygo en concert
Dormi dans une bulle
Combattu et vaincu un phare
Écouté de la vaporwave
Fait un « harrytur »
Acheté un roomba
Eu mon dernier hourra ESN à Varsovie
Vu une fusée revenir sur terre
Écrit un guide sur comment organiser un meeting 
Fait du ski pour la première fois
Obtenu mon premier vrai emploi
Montré le palais royal à un pote
Fait une parodie
Trop bu
Émigré vers un nouveau pays avec toutes mes possessions terrestres
Grimpé sur le toit d’un hotel à Ankara
Organisé un meeting
Fait un graphique
Pris un train de nuit
Travaillé à une bibliothèque
Trouvé l’amour
Fait une fête de noël en novembre
Fabriqué une métaphore à base de girafe
Parlé à une foule
Voté pour un parti de centre droit (mais, mais??)
Créé une chaîne Youtube avec mes amis
Dirigé un truc
Montré mon ancienne cité à un ami
Guidé des gens
Dancé sur Recess de Skrillex
Fait un faux programme télé
Réécrit des statuts
Invité un ami à voir les feux d’artifice du réveillon
Sorti avec une boulangère
Perdu le chat de mon enfance
Acheté une tasse de thé à 15 centimes
Fait la fête dans un bunker
Trouvé l’amitié
Fait une pub
Visité un café
Parié à Varsovie
Nagé dans l’océan arctique
Rejoint une association
Couru dans les rues enneigées de Copenhague
Escaladé les rochers de Gotland

Et entre tout ça, j’ai beaucoup appris. J’ai découvert des choses sur moi même, sur ce qui est juste, sur la vie. Ma conscience politique à peine éveillée au départ s’est affirmée (et gauchisée, d’ailleurs). J’ai traversé toutes les étapes d’une relation de couple, et y ai appris que bien que l’amour soit une grande chose, il n’est parfois pas suffisant. J’ai échoué à certains choses, réussi à d’autres ; progressé sur certains points, stagné sur d’autres.

Quelle est la suite ? Et bien à vrai dire, je pense qu’il est bientôt temps de passer à l’étape suivante. « Redémarrer » ma vie a été grandement bénéfique la première fois, comme on le voit ici, et je pense qu’il y’a lieu – partiellement pour les mêmes raisons que la première fois – de recommencer. Je vais pas quitter la Norvège, dans laquelle j’ai pas mal investi et dont je commence enfin à pouvoir pratiquer la langue correctement (aussi j’ai genre 1000€ coincé dans un plan épargne logement et no way que je laisse ça pourrir). Néanmoins, je réfléchie à l’après-Oslo. Je pense notamment à Tromsø, pour continuer la septentrionalisation de ma vie. J’ai également des amis à droite à gauche, par exemple à Bergen, donc c’est une autre possibilité.

Alors techniquement ce blog est public, donc si vous êtes tombé sur ce post en cherchant genre « études échange suède » ce qui parait improbable mais enfin bon bref, et que vous vous demandez si ça vaut le coup de partir à l’étranger : oui. Absolument. Vous êtes pas forcé de faire le grand chelem et de rester là-bas pour le reste de vos jours hein, mais un ou deux semestres peuvent changer votre vie. Jetez un oeil à ce graph de mes amis Facebook (oui je fais des graphs de mes amis), et vous verrez ce que je veux dire.

Il est aussi possible que vous lisiez ceci (et notamment que vous l’aviez lu jusqu’au bout) car vous êtes un de mes amis (même si c’est curieux que vous lisiez la version française parce que genre, il me reste qui en potes en France ? Ou alors vous êtes mon père (salut papa !)). Sur la version anglaise de ce BILLET j’écris un message de reconnaissance larmoyant un peu ridic’, je vais plutôt conclure sur un truc auquel j’ai pensé y’a un moment. J’étais allé à une sorte de formation sur comment les impôts fonctionnent en Norvège, et dans le chapitre sur l’utilisation des recettes, ils expliquent qu’un enfant norvégien, entre le moment où il rentre à l’école (à genre cinq ans ?) jusqu’à ce qu’il sortent du lycée (à dix-huit) coûte ~240 000€ à l’état. Je sais pas comment c’est en France mais je doute que le mammouth fasse mieux, donc si on compte ça, plus mon BTS, plus mon année de license, plus toute la sécu que j’ai bouffé avec mon asthme etc etc, ça doit faire quand même une sacré somme d’argent publique, tout ça pour que je me barre au moment où je commence à pouvoir devenir productif. C’est une honte. Par contre pour la Norvège, meilleur deal : j’ai commencé à travailler quasiment tout de suite (et injecté mon argent étranger en attendant). Comme quoi on se plaint des immigrés…

Différencier les pays scandinaves pour les nuls

by timst on juin 26, 2016

Ça fait donc quatre ans que j’habite en Scandinavie (trois en Suède, presque un an en Norvège), et je commence juste à apprécier les différences entre les pays. Si vous êtes comme moi (enfin, moi avant de déménager ici donc), vous devez vous demander : « Ah bon, y’a des différences ? On peut pas juste utiliser les pays interchangeablement pour dire genre « il fait tellement froid dans cet appart, on se croirait en Finlande » ou « J’adore les meubles de chez IKEA, le design norvégien c’est top ». Et bien non, il y’a, de fait, des différences. Comme par exemple le fait que IKEA est Suédois, et que s’il fait vraiment la même température dans votre appart qu’en Finlande en hiver, il va falloir penser à refaire l’isolation.

Commençons par un tableau bien académique:

Pays UE EEE Scandinavie Pays nordiques Langue nordique
Suède
Norvège
Danemark
Islande
Finlande

Observations:

  • « Scandinavie » n’est pas synonyme de « Pays nordiques ». Tous les pays du nord sont souvent regroupé sous un terme ou l’autre, mais en réalité, seuls la Suède, le Danemark et la Norvège  font partie de la Scandinavie proprement dite. Après, la version étendue (les pays nordiques) comprend également la Finlande et l’Islande, ainsi que des dépendances telles que le Groenland et les Îles Féroé. Sous certaines définitions vraiment larges, on y retrouve même les pays baltes, qui cherchent depuis longtemps à sortir de la sphère russe et à rejoindre le club des pays nordiques.
  • C’est assez compliqué au niveau des langues. J’avais expliqué auparavant que les pays scandinaves peuvent généralement comprendre la langue des uns des autres (avec des limites; voir ci-dessous). L’islandais appartient également à cette famille de langue nordiques, mais c’est plus un cousin éloigné (ou un grand parent éloigné, vu que l’islandais est plus proche de la langue norroise originelle). Résultat, l’inter-compréhension est très limitée, surtout à l’oral. Finalement, le finlandais n’a strictement rien à voir avec le reste, ou même avec aucune langue indo-européenne, vu qu’elle appartient à une branche complètement différente (les langues ouraliennes, où on trouve également le hongrois). Le français est donc nettement plus proche du suédois que le suédois l’est du finlandais.
  • La Norvège et l’Islande ne sont pas dans l’Union Européenne, et s’en sortent pas mal. C’est un argument qui a souvent été avancé par les partisans du « Leave » pendant la campagne du Brexit. Cela dit, ils appartiennent à l’EEE, qui est une sorte de version light de l’UE, avec souvent les même droits et de devoirs, mais sans avoir d’influence dessus. De plus, ils se doivent de participer au budget de l’UE. Ça va sûrement être très drôle quand les Britanniques réaliseront que ça s’applique également à eux.

 

Alors évidemment je connais surtout la Suède et la Norvège, donc à partir de maintenant je vais me concentrer sur leurs différences:

Patriotisme

Voilà la rue centrale d’Oslo pendant leur fête nationale, le 17 Mai:

OSLO 20070517: Barnetoget gÂr oppover Karl Johans gate i Oslo 17. mai. Foto: Kyrre Lien / SCANPIX .

Photo: Kyrre Lien / SCANPIX .

 

Vous prenez ça, et vous le multipliez à l’échelle de toute une ville. Ensuite vous ajoutez un cortège d’enfants qui défilent au son du tambour. Ensuite vous ajoutez cinquante autres cortèges d’enfants qui défilent au son du tambour. Ensuite vous ajoutez des milliers de costumes nationaux, des millions de « petit-déjeuners champagne » (oui, c’est exactement ce que ça a l’air d’être), et une quantité de drapeau que même Kim Jong Un il trouverait que c’est abusé.

 

Comparons avec la fête nationale Suédoise. Je vais pas mettre d’image parce que haha, ça n’existe pas. Non, bon, y’a bel et bien un jour national le 6 juin, et sans doute quelques petites célébrations à l’occasion à Stockholm. Mais pour le commun des mortels, c’est un non-événement total.

 

Bien que le Suédois lambda aime avoir un drapeau dans son jardin, il ne va pas plus loin en termes de patriotisme. Le Norvégien, en revanche, va très, très loin, et à la maison, et à l’étranger. Par exemple, ma copine norvégienne a passé un an à Bordeaux pour ses études. Le 17 Mai venu, elle a pris un train pour Toulouse, et a défilé avec quelques centaines d’autres norvégiens. Je dois dire que l’idée équivalente ne m’ai jamais venu. Pourquoi cette différence avec leurs voisins ?

 

Je suis pas historien, mais je pense qu’il est probable que l’historique de la région joue. En effet, la Suède a longtemps était le chef (ou co-chef, avec le Danemark) de la région. La Norvège, en revanche a toujours été une colonie, vassal, ou dépendance de l’un ou l’autre pays. Et pendant la guerre, alors que la Suède mangeait à tous les râteliers, la Norvège a subi le même sort que le reste de Europe continentale et s’est rapidement retrouvée occupée. Le 17 Mai sus-mentionné marque la date de la création de la constitution norvégienne, qui lui confère son indépendance, laquelle devint totale avec la fin de l’union personnelle avec la Suède, en 1912. Depuis la Norvège est donc un peuple libre et autonome, et ils aiment le rappeler.

 

Richesse

Les deux pays occupent des terres froides et vides, avec relativement peu de ressources naturelles. Pendant une bonne partie de leur histoire, ils s’agissaient effectivement de pays plutôt pauvres et miséreux. La Suède a réussi à s’en sortir grâce à plusieurs gros entrepreneurs (vous conduisez peut être pas de Volvo, mais vous avez sûrement au moins un meuble IKEA, quelques fringues H&M et un compte Spotify ou Minecraft). Pour la Norvège et ses montagnes escarpées, ça paraissait plus difficile. Et puis soudainement, en 1969:

 

Compare-StatfjordA(Jarvin1982)

Photo: Jarvin, Wikipedia

 

Du pétrole est découvert dans la mer du Nord, que la Norvège dextrement vole au Danemark. Résultat :

 

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(PIB par habitant, en dollars)

 

De nos jours, le PIB de la Norvège et de la Suède sont au coude à coude (513 vs 580 G$ en 2013), sachant donc que la population norvégienne est presque deux fois moins importante que la suédoise (5.1 vs 9.6 M). Et ça se voit. Les prix et les taxes crèvent le plafond, et personne ne se plaint, vu que tout le monde s’en sort très largement. En 2014, le revenu mensuel moyen après impôts s’élevait à 3 347€ (à comparer à 2 578€ en Suède, 2 524€ aux USA, 2 225€ en Allemagne, 2 180€ en France et 756€ en Pologne). Entre ça et la forte égalité de revenu propre à la région (qui a l’un des coefficient de Gini les plus faibles du monde), une conclusion s’impose : la plupart des norvégiens sont friqués.

 

Parmi les choses que je trouve remarquable ici : la charité semble être une industrie nationale. Même au delà des battalions de volontaires Croix Rouge / UNICEF / MSF etc qui tentent de grappiller des dons dans les rues, les ondes sont inondées de spots publicitaires promouvant telle cause ou telle ONG, et une fois par an, toutes les chaînes nationales s’allient pour faire une sorte d’énorme téléthon dédié à une cause qui change chaque année. L’an dernier c’était les forêts tropicales et pfiou, même sans télé, impossible d’y échapper. J’imagine que le fait que beaucoup de gens ici aient de l’argent à ne savoir qu’en faire aide beaucoup.

 

Alors qu’on s’entende bien, je ne dis pas que la Suède est pauvre. Si on voit les salaires par exemple, on est quand même à 15% de plus qu’en France ou en Allemagne. Mais c’est clairement un niveau en dessous, au point qu’une activité courante pour Norvégien radin consiste à prendre sa voiture, passer la frontière, et acheter de l’alcool et de la viande pacher en Suède. À l’inverse, beaucoup de Suédois viennent travailler dans les cafés et bars d’Oslo pour se faire de l’argent facile. Ceux qui habitent à la frontière Franco-Suisse ont sans doute une expérience similaire.

 

Paysages

Voilà un paysage typique de Suède :

 

Pendant ce temps, en Norvège :

compare:norwegian-landscape

 

Si c’est pas assez clair, voilà une carte avec relief exagéré :

Photo: Anton Balazh

Photo: Anton Balazh

 

Toutes ces photos de Scandinavie avec des montagnes et des fjords et tout ça ? Généralement, c’est la Norvège (sauf si y’a de la fumée qui sort des montagnes, auquel cas c’est sans doute l’Islande). Les plaines enneigées et les lacs qui s’étendent sur des kilomètres, par contre, ça va plutôt être la Suède ou la Finlande.

 

Cette différence de relief a eu un certain nombre d’effets sur le développement des deux pays, notamment sur la langue, avec un nombre extraordinaire d’accents de dialectes en Norvège, certains étant tellement différents les uns des autres que deux langues écrites différentes (mais similaires) coexistent. Ça affecte également le monde du sport : là où les Norvégiens adorent (et sont numéros uns mondiaux sur) le ski de fond et le saut à ski, les Suédois préfèrent le hockey sur glace et le floorball.

 

Et le Danemark ?

J’ai pas été plus longtemps que une ou deux semaines au Danemark, mais quelques notes :

  • Le danois écrit est très, très similaire au Norvégien (à la forme de Norvégien la plus commune, plus exactement). Exemple :

Ça c’est norvégien:

« I 1877 forlot Brandes København og bosatte seg i Berlin. Hans politiske synspunkter gjorde imidlertid at det ble ubehagelig for ham å oppholde seg i Preussen »

Ça c’est danois:

« I 1877 forlod Brandes København og bosatte sig i Berlin. Hans politiske synspunkter gjorde dog, at Preussen blev ubehagelig for ham at opholde sig i »

 

Quelques lettres qui changent, une structure un peu différente, mais la différence est légère au point où on est à la limite du dialecte. La prononciation, par contre, est très différente, et l’on se moque beaucoup des Danois dans la région. Le norvégien apparaît donc comme une sorte de synthèse des deux langues, d’où l’expression: « Le norvégien c’est du danois parlé en suédois ».

 

  • Le Danemark est le pays le plus sudiste de la zone, géographiquement et culturellement.
  • Du coup (j’imagine?) les lois liées à l’alcool y sont plus souple. On peut acheter de l’alcool fort en supermarché !
  • Fut un temps, le Danemark était une puissance mondiale. C’était pareil pour la Suède, et bien que ce soit évidemment plus le cas, la Suède s’en est relativement bien sorti, avec un territoire plus grand qu’à la base et une influence sur la Finlande qui continue aujourd’hui (le suédois est co-langue officielle en Finlande, et tout le monde l’apprend à l’école). Le Danemark en revanche a bien dégusté, et il ne lui reste plus grand chose. Ça a certainement eu un effet sur la psyché nationale.

 

Au delà de ces différences, et des inégalités qui continuent sur la relation entre les pays (les Norvégiens sont un peu obsédés par les Suédois. Les Suédois s’en foutent.), les pays sont bien sûr très semblables, et partagent les même valeurs pour ce qui est du respect de la nature, l’égalité des sexes, l’absence de corruption, les hivers froids et sombres, la bouffe dégueulasse, etc. Historiquement, tous les pays ont passé leur temps à alternativement s’envahir, s’occuper et s’allier les uns les autres, ce qui évidemment a contribué à la création de la culture scandinave.

Y’a certainement plus de différences encore, et j’ai hâte de découvrir de nouvelles curiosités dans la région !

1000 Jours en Suède (ou presque)

by timst on juin 28, 2015

Ce weekend, je célèbre mon 1000ème jour – presque trois ans – en Suède. Enfin, presque. En regardant mon calendrier, j’ai réalisé qu’en fait, j’ai passé mes 1000 derniers jours là:

Suède 747
France 149
Norvège 31
Belgique 16
Finlande 13
Pologne 10
Turquie 9
Portugal 8
Danemark 6
Italie 3
Lituanie 3
Hongrie 3
Lettonie 1
Estonie 1

Donc en fait j’ai juste passé les trois quarts de mon temps en Suède… EN Suède. Le reste, c’est pas mal de temps à la maison, pendant les étés notamment, et un bon 10% de « partout ailleurs ». Beaucoup de Norvège (j’expliquerai pourquoi plus loin), mais aussi une flopée d’autres pays européens. Bizaremment je ne suis allé au Danemark que trois fois, alors que c’est à trois heures de train d’ici. À l’heure de Ryanair et de ses vols Stockholm-Varsovie à 6€, les pays les plus proches ne sont pas forcément les plus accessibles. Ah, et aussi, j’ai visité une quinzaine de pays européens mais toujours pas: l’Allemagne, les Pays-Bas, ou Londres. Comment j’ai fait mon compte?

Tous ces voyages sont sans doute la partie la plus intéressante de mon séjour ici. Avant mon arrivée, je n’avais été qu’à deux des pays listés ci-dessus (sans compter la France). Grâce à ESN notamment, j’ai pu visiter tous ces endroits que je n’aurais probablement jamais vu autrement.

Ce qui m’amène à la réalisation que ma vie est devenue vraiment internationale, bien au delà de simplement vivre à l’étranger. Être Français et vivre en Suède, avec une copine Norvégio-Polonaise rencontrée en Lituanie, des amis en Australie, en Suisse ou aux États-Unis, d’autres avec qui j’ai voyagé des façades de verre du quartier européen de Bruxelles aux pierres de la vieille ville de Porto, ma vie est un mélange de langues, de pays et d’expériences.

 

Ce post sera le dernier dans la série des « xxxx jours en Suède », cependant, vu que je me prépare à quitter le pays. « Ah, tu rentres en France? », qu’on me répond généralement quand le sujet est abordé. Et bien non: rentrer à la maison (pour autre chose qu’une visite s’entend) n’est pas dans mes plans, du moins à moyen terme. Au contraire, je vais partir plus loin encore: à Oslo. La différence entre la Norvège et la Suède est souvent vue comme minime depuis la France (quand les gens arrivent à distinguer les deux), mais pour moi c’est quand même un grand changement.

 

Not pictured: 30 minutes of custom check on the norwegian side. Leaving the EU has disadvantages...

Svinesundsbron, le pont liant les deux pays. Généralement suivi de vingt minutes de contrôle à la frontière. Voilà la première différence: la Norvège est pas dans l’UE, et ça se sent.

 

Cette réimplantation s’accompagne de plusieurs challenges, notamment, trouver un boulot. En Norvège comme en Suède les gens parlent très bien anglais, mais il n’en reste que pour la plupart des boulots, la langue locale est requise. J’ai donc commencé à apprendre le norvégien, qui, heureusement, est assez similaire au suédois, du coup je ne pars pas de zero. Cela dit, presque tous les mots sont écrits différemment, les structures grammaticales sont légèrement différentes, et la prononciation n’est pas toujours la même. Aussi, le norvégien est intensément dialectisé: là où le suédois est essentiellement une langue avec beaucoup d’accents, le norvégien a au moins deux formes écrites distinctes (Bokmål et Nynorsk), et un tas de dialectes pour chaque ville et région, parfois à la limite de la non-interintelligibilité. Un exemple, la phrase « quelle heure est-il », peut s’écrire, selon le dialecte: « Hvor mye er klokken? » (la forme « standard »), « E klokka mykje? », « E a mytti klokka? », « Ka e klokken? », ou encore « Ka klokka e? ». Bref, même une fois appris le norvégien d’Oslo, on n’a pas tout vu.

Mais je diverge. Trouver un boulot, comme beaucoup d’entre vous le savent, est épuisant. Chercher des offres, écrire des lettres, remplir des formulaires, attendre… et se réveiller avec un mail de rejet de plus. Au moins avec les mails c’est vite fait cela dit. Récemment, j’ai été à trois entretiens avec une grosse entreprise de télécom Norvégienne, pour un poste qui avait l’air très intéressant. Le process a duré plus d’un mois, et à la fin ça paraissait vraiment possible… résultat, et même si on sait que c’est pas sage, on se retrouve à s’imaginer la suite. Des grandes lignes aux détails les plus triviaux, comme quel bus on va prendre le matin ou où on ira déjeuner. Puis l’appel arrive, on apprend que l’un des deux autres candidats qui étaient arrivés au dernier round avec soi a été choisi, et ce monde qu’on s’était construit éclate comme une bulle de savon.

Enfin bref, det löser sig (« on trouvera une solution », si on veut, en suédois. Il faudrait que je trouve l’équivalent Norvégien…). Dans tous les cas, exciting times, et honêtement ? Je préfère galérer ici qu’avoir une vie facile à la maison 🙂

Gestion du temps

by timst on novembre 30, 2014

Aujourd’hui on va parler d’un de mes sujet favori : le TEMPS. On est presque rendu fin 2014, et comme souvent dans ce genre de cas, ça m’a fait penser à quel point tout va vite. Ça fait longtemps que j’ai réalisé ça bien sûr: je crois que j’avais 16 ans quand j’ai commencé à me dire « wow, ça va un peu trop vite pour moi maintenant ». Je ressens parfois la vie comme si c’était un tapis roulant sans fin, depuis lequel j’essaye, sans succès, de m’accrocher aux objets qui passe sans parvenir à le ralentir ou l’arrêter. Dans ces moments je perçois clairement chaque seconde qui passe comme étant irrécuperablement écoulée, passant devant mes yeux du futur au passé, en l’espace de, hmm, une seconde. D’ailleurs, j’ai même acheté cette montre pour m’aider à visualiser l’effet :

 

time_watch

Source. Elle coutait pas ce prix là à l’époque donc on doit pouvoir la trouver moins cher ailleurs.

 

Quand j’étais à l’école j’avais une sorte de « jeu », où au début de chaque vacances scolaires je me disais, « ah, tu vera, ça parait infini comme ça mais en moins de temps qu’il en faut pour le réaliser, je serai déjà en train de penser « tiens, voilà, c’est fini » ». Pourtant, ces vacances, c’était deux semaine! DEUX SEMAINES! Et pourtant, à chaque fois, le moi-pré-deux-semaines s’avérait avoir raison et le moi-post-deux-semaines rigolait en y repensant.

Mais bon. Le problème c’est pas trop le temps lui même, mais cette accélération sans fin. Petit, la distance entre mon anniversaire et Noël (7 mois) semblait comme une traversée du désert. J’en comptais les jours, attendant avec impatience d’arriver au prochain Gros Truc. C’était comme un calendrier de l’avent permanent. Maintenant, mon anniversaire, c’est plus quelque chose qui me tombe dessus sans que je ne le réalise vraiment. Et nul doute qu’un jour ce sera carrément quelque chose que je redouterai.

Autre anecdote de mon enfance : visiter mes grand-parents, qui habitent à 200 km de chez nous. Par voiture, ça prenait genre deux heures et demi. C’était le purgatoire. Rien, rien dans ma vie ne semblait prendre plus longtempt que cette migration annuelle vers la terre de mes ancètres. J’avais l’impression d’être dans un de ces vaisseau-génération qu’on voit dans les films de science fiction, envoyé pour un voyage de 1000 ans vers un nouveau système solaire. La route n’en terminait pas de se dérouler et je demandais à mon père de m’annoncer la distance restante sous forme de fraction, genre « plus qu’un tiers et on y est ». C’était sans fin. De nos, jours, je me rends à Stockholm par bus peut-être trois ou quatre fois par an. À chaque fois c’est un voyage de six heures, plus une heure de pause. Quand j’avais huit ans, un tel periple, c’aurait été l’Odysséee en slow motion. Maintenant ? Ça m’arrive régulièrement d’amener un livre ou mon ordinateur histoire d’avoir quelque chose à faire, pour au final ne même pas le sortir de mon sac vu que je le trajet est fini plus rapidement que prévu. Comment on en est arrivé là, je n’en ai aucune idée.

 

ScreenShot872

Remarquez que je trouve toujours des moyens d’étendre même de courtes périodes à l’infini.

 

Il y’a bien sûr, en partie, une explication rationelle à ce phénomène. Après tout, plus on vieillit, plus chaque jour, mois ou année représente une petite portion de notre vie. Quand on a cinq ans, un an de plus, c’est 20% de sa vie. Quand on en a vingt, c’est plus que 5%. Et plus on vit, plus on se répète. Vous vous souvenez de votre noël de y’a trois ans vous ? Et de votre 30 Décembre ?

Ce qui m’amène à ce que j’ai décidé d’appeler La Recette Magique de Tim pour Ralentir Le Temps, histoire d’avoir un gimmick à vendre si jamais je monétise ce blog. Basiquement (et là ça va devenir très américain à la « laissez moi vous aidez à vous aider vous-même » et je m’excuse à l’avance), il faut vivre de nouvelles expériences. En écrivant le paragraphe sur le tapis roulant, j’ai réalisé que j’avais pas eu cette sensation depuis un moment. Depuis que je suis arrivé en Suède, en fait. Pourquoi? S’agit-il d’un pays magique où l’on ne vieillit pas ? (Non. (Ne vous laissez pas tromper par leur système de santé avancé)). C’est juste que pendant ces 2.5 dernières années, mon existence a été remplie de nouvelles tranches de vies. J’ai vécu des choses que je n’avais jamais vécu et que je ne revivrai probablement jamais. J’ai vu plus, voyagé plus, rencontré plus, ressenti plus que jamais auparavant. J’ai vu le monde, et le monde m’a récompensé en m’offrant un trésor d’expériences.

 

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Un peu comme ça, mais avec moins de terrorisme.

 

Voilà. J’aurais préféré éviter conclure sur une note aussi cliché que « la vie c’est mieux avec des expériences nouvelles », mais dommage, c’est vrai. Il n’y a rien de plus oubliable que la routine. Y’a deux étés de celà, j’ai passé trois mois à travailler dans une supérette. J’ai vu personne et rien fait d’autre de tout l’été. Je peux facilement condenser tout l’été dans un seul jour, et condenser ce jour en une phrase : « J’ai vendu des baguettes aux touristes. C’était pas trop mal. Le boss était con ». Voilà, un quart d’une année, résumé en 16 mots. À comparer avec mon mois d’Avril, qui était plein à craquer d’expériences au point que je ne saurais même pas par où commencer. Cette nuit dans un aquapark à Milan, peut être ? La fois où j’ai grimpé un glacier en Norvège ? Ça c’est ceux qui font le plus vantard, mais en réalité ce mois était plein d’évènements et d’émotions, grands et tragiques, tous mémorables. Le bilan : en un mois j’ai vécu plus qu’en une saison entière. C’est pas le temps qui compte. C’est ce qu’on en fait.

(500) Jours en Suède

by timst on janvier 12, 2014

Et oui. 500 jours, un peu moins d’un an et demi depuis que je suis parti de Nantes et que je me suis installé en Suède. L’heure de faire un point.

Où en suis-je ? Comme je l’annonçait dans un précédent post et contrairement à ce qui était prévu, je n’arrive pas à la fin de mes études. Du moins, pas tout de suite : j’ai encore un an et demi devant moi, ce qui veut dire qu’on peut s’attendre à avoir un autre article pour mon millième jour ici ! Ce que je fais en ce moment s’appelle Social Media & Web Technologies. C’est toujours de l’informatique, mais moins chiant plus proche du monde réel. Aussi, et pour schématiser, avant j’apprenais à faire des programmes, maintenant j’apprend à faire des sites web, ce qui, passé le « choc » initial, s’avère être bien plus intéressant (et porteur). Pour le moment ça se passe relativement bien. J’ai des fois l’impression que j’aurais mieux fait de choisir autre chose que informatique, mais c’est un peu tard pour y penser, donc autant finir ce que j’ai commencé.

Sorti de là, je participe toujours a l’association VIS, et c’est top. Y’a toujours quelque chose à organiser, un processus à améliorer, des nouvelles idées à implémenter, c’est vraiment la synthèse parfaite entre un travail de bureau, une startup et un projet caritatif. C’est extrêmement gratifiant d’avoir l’occasion de travailler sur des choses qui ont un impact réel et direct dans la communauté, par rapport aux faux projets de l’école par exemple. Bien sûr ça ne met pas de pain sur la table (ou de crédit ECTS dans le dossier scolaire), mais j’ai jamais été aussi enthousiaste (et persistant) avec un projet qu’avec celui-ci.

C’est d’ailleurs grâce à eux que j’ai pu participer à quelques un des meilleurs moments de l’année écoulée : premièrement, je suis allé en Novembre à la Northern European Platform, une sorte de congrès où toutes les sections ESN (la « maison mère » du VIS) de Scandinavie et des pays baltes se rejoignent pour échanger sur leurs activités. En pratique, ça veut dire une centaine de volontaires réunis quatre jour à Tampere, en Finlande, avec des séances plénières le jour (vu la taille d’ESN, inutile de dire qu’on atteint des sommets de bureaucratie) et des… ah… « activités sociales » le soir. Notamment, on a eu droit à une soirée sauna (mecs —et, plus rarement, filles— à poil inclus), et un « sitsit », sorte de dîner étudiant ultra codifié pendant lequel on a passé 4 heures à manger, boire et chanter. Personnellement, je considère que quand on a chanté l’Internationale en suédois à un repas d’entreprise, on a bien vécu.

NEP

Le second c’est le fameux Sea Battle. Le concept est simple : ESN privatise un bateau de croisière qui fait la liaison Stockholm – Tallinn, on amène 2000 étudiants de toute l’Europe du nord, et c’est parti pour deux jours. Alors inutile de dire que c’est l’orgie dans tous les sens du terme, d’autant plus que le bateau a un duty-free avec de l’alcool environ deux fois moins cher qu’à terre, résultat ESN et Pernod Ricard (oui, ce Pernod Ricard) ont créé l’an passé une initiative commune nommée Responsible Party, censée encourager une consommation raisonnable d’alcool pendant la soirée. En pratique, comme évidemment l’impact d’une poignée de posters auprès de jeunes qui ont payé 150€ spécifiquement pour venir se la mettre est évidemment limitée, le composant le plus réussi de ce dispositif était celui dont on m’avait confié la responsabilité : transporter un sac à dos avec un réservoir de 10 litres d’eau (sac à d’eau ?) et en distribuer à tous le monde. Très grand succès, vu que l’eau est payante dans les bars, donc tout le monde se jetait sur nous. Inutile de dire, essayer de rester stable quand il est 4h du mat et qu’on a passé deux heures à transporter un sac de 10 kg qui fuit sur un bateau qui tangue à mort à cause de la tempête et alors que tout le monde se jette sur vous comme s’ils sortaient du désert est une expérience assez… spéciale, mais quand même intéressante.

Le semestre prochain promet au moins un grand moment, vu que j’ai contribué à ajouter un nouveau voyage à notre programme : la Norvège ! On va passer 4 jours à visiter les fjords, marcher un glacier, et claquer 11.5 € pour un Big Mac (non, vraiment). Après une nuit à Oslo, on va directement aller là :

map of norway

En plein milieu de la région traditionnelle de Sogn. Des fjords en veut-tu, en voilà. On fait pas plus Norvégien sauf à aller dans les îles du Lofoten, mais bon, c’est déjà pas la porte à côté: 15 h de bus dans chaque sens. On a rien sans rien. Comme je disais, je suis l’un des créateur de cette nouvelle activité, donc ça rend le voyage doublement excitant (et stressant) pour moi.

Sinon… J’ai commencé à accélérer un peu mes efforts d’apprentissage du suédois. Jusqu’à maintenant j’apprenais en absorbant la langue par osmose, ce qui marchait… mais lentement. Désormais, j’ai ça :

Essentials of Swedish grammar

Très bon bouquin, qui est essentiellement l’équivalent suédois du Bescherelle. Bon, à part que celui là tient en 160 pages, tandis que le Bescherelle, c’est trois volumes de 300 pages chacun. Du coup et après en avoir lu environ la moitié, l’impression que j’ai du suédois est que c’est une langue à la grammaire / conjugaison relativement simple, notamment avec 5 temps verbaux (infinitif, impératif, présent, prétérit et supin). Bon par contre la prononciation c’est la merde. Moi qui ai déjà du mal avec l’anglais à ce niveau là, je pense que c’est pas demain la veille que j’arriverai à chanter Du gamla, du fria avec une diction parfaite. L’important à moyen terme, ce serait de parler suffisamment bien pour trouver un boulot à mi temps, donc c’est déjà un début.

Pour ce qui concerne le futur, je dois reconnaître que c’est assez flou. On me demande souvent si j’ai l’intention de revenir en France après où de m’enraciner ici, et à vrai dire c’est une question à laquelle je n’ai, pour le moment, pas de réponse. J’ai pas vraiment envie de rentrer en France, et je n’exclus pas de partir ailleurs après mes études, également. Tout dépendra de la situation financière et des opportunités qui se présenteront.

S’élancer dans l’avenir sans plan de bataille est un peu effrayant, mais si j’ai réalisé une chose en venant ici, c’est que les plans ne tiennent jamais à terme de toute façon, donc mieux vaut s’adapter aux choses comme elles viennent. Et c’est bien ce que je compte faire en 2014.

Aparté : Mes aides pour écrire

by timst on décembre 23, 2013

On m’a récemment demandé comment je m’y prenais pour écrire ce blog. Alors évidemment je ne suis ni un bloggeur professionnel, ni un grand écrivain, ni même un écrivain tout court, vraiment. Je tape juste des trucs sur un blog en espérant que ça rende bien. Néanmoins, ça peut aider de consulter ces sites :

 

Écrire

  • Google. Évidemment. Y’a un tas de services que Google peut rendre auxquels on ne pense pas forcément. Par exemple, pour comparer deux phrases lorsqu’on est pas sûr d’une formulation, il suffit de les entrer entre guillemets dans Google et de comparer le nombre de résultats dans chaque cas. On peut également convertir facilement des unités et des devises en tapant genre « 15cl in oz », « 200 eur in sek », etc…
  • Wiktionary. Y’a des dictionnaires en ligne partout, mais j’ai tendance à faire confiance au Wiktionnaire pour la même raison que je fais confiance à Wikipédia: c’est sûr (plus que Wikipédia encore, vu que bon, c’est assez difficile de mentir sur la définition d’un mot), et comme c’est ouvert y’a généralement plus de définitions que partout ailleurs. De plus, le site est international donc y’a moyen de vérifier la définition de termes étrangers, par exemple. Comme Wikipédia, Wiktionary fait partie du projet Wikimedia, qui contient entre autres Wikiquote, une base de données de citations.
  • Un thésaurus (dictionnaire de synonymes). En français y’en a pas mal, dont http://www.synonymes.com/. En anglais, y’a thesaurus.com. Pour le français, c’est aussi utile d’avoir une table de conjugaison à portée. Là encore, y’a mille et un sites, mais le plus simple ça reste de taper le verbe à l’infinitif dans Google: 9 fois sur 10, le premier résultat viendra de la-conjugaison.nouvelobs.com, leconjugueur.lefigaro.fr, conjugaison.lemonde.fr…
  • English.stackexchange.com est très utile quand on écrit en anglais (y’a aussi french.stackexchange.comspanish.stackexchange.com, etc.. mais ils sont moins complets. À noter que ces sites, peu importe la langue concernée, sont tous en anglais). Pour faire simple, Stack Exchange et un réseau de site de question/réponse de qualité. À l’origine, ils se concentraient sur l’informatique (c’est de là que vient StackOverflow), mais depuis ils ont étendu à d’autres sujets, notamment les langues. Contrairement à d’autres sites genre Yahoo! Answers, ici l’emphase est mis sur des réponses précises et exactes à des questions bien définies. Ça peut être la solution ultime à un problème difficile de grammaire ou de syntaxe, mais faut être sûr d’avoir épuisé les autres options avant.

Traduire

Vous ne l’avez peut-être pas remarqué vu que le site détecte automatiquement la langue de votre navigateur, mais ce blog est en fait écrit en deux langues: français et anglais. Typiquement, je commence à écrire dans une langue en fonction de l’humeur, et je traduis dans l’autre, souvent en ajoutant des trucs et en adaptant le contenu en fonction des références culturelles et de mon lectorat typique (en français c’est plus souvent des gens avec qui j’étudiais à Nantes ou ma famille, tandis qu’en anglais c’est d’avantage destiné aux gens que j’ai rencontré en Suède). En fonction du flow du texte, ça peut donner des articles assez différent, ou très similaires.

Traduire est généralement assez simple, mais trouver le bon mot pour retranscrire une émotion est un processus déjà délicat dans sa langue maternelle, alors forcément c’est encore pire dans une seconde langue. Le problème que je rencontre le plus fréquemment, c’est trouver la « vraie » traduction d’un terme. Quand on utilise par exemple Google Translate pour traduire un seul mot, il faut bien distinguer une traduction fausse car le résultat correspond à un autre sens du mot, un résultat techniquement valide mais qui semblerait bizarre dans l’oreille d’un locuteur natif, et la vraie bonne traduction.

Un exemple : imaginez que vous êtes anglais et que vous avez publié une annonce de location pour un « 5-room apartment ». Vous cherchez la bonne traduction de « room », et Google Translate vous renvoie trois résultats : « Chambre », « Salle », et « Pièce ». Bien évidemment, le bon résultat est « pièce », mais comment le savoir ? Le premier résultat est plutôt facile à éliminer : une chambre, dans l’usage moderne, ne fait référence qu’à la chambre à coucher. C’est une traduction qui pourrait marcher par exemple dans une phrase comme « go to your room » — « va dans ta chambre », mais pas ici. Éliminer la seconde option est plus difficile à justifier : après tout, « salle » et « pièce » sont pratiquement synonymes. « Salle » fait peut être plutôt penser à une grande pièce, mais on parle aussi de « salle de bain », donc… Le fait que « pièce » soit le bon mot dans ce contexte ne fait aucun doute à quelqu’un qui a français comme langue maternelle, mais c’est quand même compliqué à expliquer. Ce genre de subtilités peuvent facilement être loupées quand on parle dans une autre langue, c’est pourquoi je m’arme de ces ressources :

  • Google Translate. Évidemment. Le problème ce que y’a qu’il n’y a que peu de cas d’utilisations où Google Translate est approprié. Généralement, c’est quand on cherche à traduire un seul mot, simple, et sans risque de double sens qui pourrait mener à une traduction ambigüe. Traduire un concept comme « lit » ou « chambre », ça passe, mais pour quoi que ce soit de plus compliqué, sans même parler de structures avancées comme des expressions ou des tournures de langues, il va falloir passer à la vitesse supérieure. Au passage, dans le cas où vous utilisez Google Traduction pour comprendre un texte ou une page dans une langue que vous ne lisez pas (son utilisation la plus appropriée, à mon avis), si y’a des passages qui restent peu clairs, ça peut aider de traduire à côté avec un autre site, par exemple Bing Translator, pour avoir « un autre avis » sur la traduction.
  • Wikipedia. Vraiment. Le truc c’est que chaque page de Wikipedia est lié avec ses équivalents dans d’autres langues. C’est extrêmement pratique pour trouver la traduction d’un concept plutôt que d’un mot, dans le cas où le mot à plusieurs sens. Ce serait ambigu sur Google Translate, mais là avec le contenu et les images c’est souvent possible d’obtenir la bonne version du mot que vous cherchez. Aussi, voir au dessus pour le wiktionary, qui a le même système de liens interlangues.
  • Linguee. Alors ce site marche que pour l’anglais (anglais-français, anglais-espagnol, anglais-allemand et anglais-portugais), mais il est super. Basiquement, c’est une base de donnée d’extraits de traductions, ce qui permet de faire des recherches pour voir comment des formules ont été traduites par le passé. Exceptionnel pour trouver l’équivalent d’expressions et de tournures de phrases, moins utile pour traduire des mots individuels.
  • Wordreference. Je participe pas moi-même dans cette communauté de locuteurs natifs qui s’entraident, mais c’est souvent le premier résultat lorsqu’on cherche une traduction sur Google. Une excellente ressource pour beaucoup de situations.

 

J’en oublie sûrement, mais c’est un bon début. Évidemment ça remplacera jamais l’aide d’un spécialiste ou d’un locuteur natif, mais ça aide (en parlant d‘Évidemment: apprenez quelques codes de cette page et BRILLEZ en société). Bon après faut quand même se rappeler que les langues sont flexibles, et que leurs règles ne sont pas destinées à limiter votre capacité à vous exprimer (ou à faire de super blagues).

Prolongations / Parlons de Langage

by timst on octobre 14, 2013

Hey vous vous souvenez quand je disais que partais en Suède deux ans ? En fait j’ai menti: c’est trois ans. Pourquoi ?

Parce que bien que la plupart des aspects de ma vie se soient largement améliorés depuis que je suis ici, y’a quelque chose qui ne suivait pas : mes études. Vous en conviendrez, c’est gênant quand on est techniquement parti pour faire un master. Comme j’expliquais dans mes précédents posts, avant de venir ici, mes études avaient été assez orientées pratique. C’était généralement du développement informatique mélangé avec des cours de business: j’ai fait de la gestion, de la com’, du droit, et même de la compta. En gros, j’apprenais à créer des choses avec un ordinateur que des gens voudraient utiliser (et acheter).

Les études que j’avais choisies ici en revanche, c’était un autre trip : c’est ce que les américains appellent de la « computer science », à savoir de l’informatique théorique. C’est extrêmement abstrait, lourdement matheux/scientifique et bon, en général, peu compatible avec ce que je faisais avant. C’est une discipline de recherche utile bien sûr, mais ça autant de rapport avec le développement que la biologie a de rapport avec l’agriculture. J’en parle sur mon blog technique [en], mais c’est une confusion qui cause des problèmes dans le monde de travail, et qui m’aura eu aussi.

laptopConseil : économisez de l’argent et n’achetez pas d’ordinateur pour votre diplôme de CS, vous n’en aurez pas besoin de toute façon !

 

Bref. Que faire alors ? Il s’est avéré que notre université avait un département média avec un master, certes scientifique également, mais au sujet nettement plus intéressant et porteur : Social Media & Web Technologies.

Après un rendez vous avec le responsable du département, une recherche un peu plus approfondie du contenu des cours et beaucoup, beaucoup d’hésitation, j’ai officiellement changé de formation. Évidemment ça a plusieurs implications, la principale étant que je vais devoir étendre mon séjour (qui n’avait pas vraiment de date de fin bien définie de toute façon) d’un an, jusqu’en 2015. Ça veut dire que je terminerai mes études en même temps que mes amis ici, mais un an après mes anciens camarades en France (métaphore !).

Ça pose aussi d’autre problème logistiques (ie : qui va payer ?). J’en parlerai d’avantage quand ça se produira, mais je vais voir à trouver un moyen de compléter mes non-revenus. Je pensais à ramasser des verres dans un bar, nettoyer les pare-brises des gens aux feux rouges, ou peut-être vendre du hasch derrière la bibliothèque. D’autres idées ?

 

 

Comme il est évident que je suis parti pour m’enraciner un peu ici, je vais, sur ce post et les suivants, me concentrer un peu sur quelques points de divergences entre les cultures suédoise et françaises. Par exemple aujourd’hui on va parler de politique linguistique.

Flag_of_La_Francophonie

Et notamment de ce truc.

Je l’ai déjà dit, mais en Suède, le suédois est franchement accessoire. Ou du moins, c’est ce qu’on pourrait conclure quand on reste quelques mois dans le pays: l’anglais est parlé partout, par tout le monde. Il est entièrement possible de survivre indéfiniment sans le moindre mot de suédois (un de mes profs dit connaître un type qui a passé 8 ans en Suède et ne parle toujours pas la langue). Tout le monde et son chien parle anglais, et pas « un peu » anglais: parfaitement. Le plus gros obstacle c’est bien sûr les supports écrits, mais à l’ère de Google Translate avec reconnaissance optique des caractères, c’est plus vraiment un problème. Au final on en vient à penser que parler suédois serait très optionnel, sauf que bien sûr en réalité, on atteint très vite un plafond sans.

Pourquoi l’anglais est-il si commun en Suède ? Beaucoup d’explications possibles. Premièrement, la Suède n’a bien sûr ni l’influence culturelle, ni la démographie pour lutter contre : avec 9 millions d’habitants et une langue qui n’est parlé nul part ailleurs (à part en Finlande), il est évident que la quantité d’œuvres et de ressources produites en suédois est très limitée. Ensuite, la Scandinavie a une longue histoire d’immigration vers les états unis, qui a ensuite donné lieux à des relations culturelles privilégiées. Mais à mon sens ce qui est important ici c’est plutôt l’attitude du gouvernement sur la langue internationale.

Fuck yeah Jacques Toubon

Fuck yeah Jacques Toubon

C’est vraiment curieux d’avoir deux approches tellement différentes pour ce qui est de la langue. En Suède la culture US est clairement palpable : on peut allumer la télé et regarder Discovery Channel en buvant du Dr. Pepper comme dans les séries. Même si c’est aussi partiellement vrai en France (sauf que ici on boit de l’Orangina devant Arte! Quoi non personne fait ça ?), on a quand même une certaine défiance envers tout le monde anglo-saxon, et à mon avis c’est parce que, contrairement aux nordiques, on a (avait) quelque chose à défendre, pour ainsi dire. L’auteur danois Johannes V. Jensen disait que l’histoire du Danemark était celle « de la chute d’une puissante tribu » (et oui si vous vous demandiez, j’ai récupéré ça de Borgen), et c’est doublement vrai pour la France.

On a été l’une des, sinon LA superpuissance mondiale pendant des décennies voire des siècles, et maintenant la seule trace encore visible de cette gloire passée, c’est la langue. Alors on la protège avec des édits de l’Académie, des lois Toubon, des règles du CSA sur le pourcentage de musique française à la radio, et une organisation comme la Francophonie financée à hauteur de 80 M€ par an. Il parait que la Russie défendait Al-Assad car la Syrie était le dernier reste de son empire oriental, et des fois on dirait un peu que le gouvernement français défend sa langue pour le même genre de raisons.

 

Perspectives_futures-2

Ce genre de raisons.

 

Une autre différence : les langues régionales. Déjà, les suédois ont des accents. BEAUCOUP d’accents. Basiquement chaque région a sa propre façon de parler, très détectable par les autres suédois. Ça en est au point que les habitants de la Scanie (au sud) peuvent plus ou moins comprendre le danois, tandis que les Stockholmois ne peuvent généralement pas (pour tous ceux qui se demandent : les deux langues sont très similaires, mais y’a quand même trop de différences pour que la plupart des locuteurs de l’une arrivent à parler l’autre ou la comprennent parfaitement. Surprenamment, les suédois ET les danois peuvent comprendre le norvégien, et les norvégiens peuvent comprendre les deux. Bilan : si vous voulez apprendre une langue nordique, choisissez le norvégien).

En sus de ces accents, beaucoup de régions ont un dialecte, et tout ceci est reconnu et encouragé par le gouvernement. À comparer avec comment ça se passait en France (ou se passe, étant donné qu’on a toujours pas ratifié la Charte Européenne des Langues Régionales), où le gouvernement à tout fait pour réprimer les dialectes.

J’ai un exemple maison ici : toute ma famille vient du pays Bigouden, en Bretagne (le truc avec les coiffes ? Ça vient de là). Mes arrières-grand parents parlaient uniquement breton. Mes grand-parents parlaient breton entre eux, et français à leurs enfants (mes parents, donc). Résultat, mes parents comprennent le breton mais n’ont jamais vraiment eu d’occasion de l’utiliser. Quand on en est arrivé à ma génération, l’intérêt pour mes parents de transmettre ce qu’il leur restait de leur langue ancestrale ne s’est évidemment pas fait sentir (déménager en Loire Atlantique —où la culture bretonne prend sérieusement la flotte— n’a pas aidé). Du coup, je n’en parle pas un mot.

Là encore, la cause de cette mort d’une langue sur 60 ans est loin d’être naturelle: discriminations contre les bretonnants à l’école par exemple, mais aussi les même mécanismes utilisés pour contrer l’anglais: la loi Toubon sus-cité s’applique également aux langues régionales, par exemple. Donc si vous voulez faire une pub en corse, vous devez fournir une traduction française avec. En raison de l’espace limité dans les publicités, on imagine bien que le jeu n’en vaut souvent pas la chandelle.

C’est pas pour dire que tous les gens que je connaisse ici parlent parfaitement le Dalmål (« Dalécarlien », dans le centre-ouest) ou le Gutniska (langue ancestrale de l’île de Gotland), mais en général tous les dialectes de Scandinavie font plus ou moins partie du même « continuum linguistique » : les frontières entre langues, dialectes, accents, patois etc… sont assez floues, voire inexistantes. Si vous traversez la Scandinavie du sud du Danemark à la Laponie, prenez un habitant tous les 5 km et le faites parler à celui de l’étape précédente, normalement ils devraient toujours se comprendre, même si vous allez finir avec un langage qui n’a pas grand chose à voir avec celui avec lequel vous avez commencé. C’est très différent du gap entre le français (romane) et le breton (celtique) / l’alsacien (alémanique) / le basque (basque.), où conserver son héritage linguistique aurait plus de sens.

 

Members of the Académie Française, hard at work pretending other languages do not exist

Un membre de l’Académie Française présente son plan pour conquérir le monde

Bref. Je blâme pas que l’administration ceci dit. Cet été j’ai bossé dans une supérette de camping, où on avait donc pas mal de clients étrangers. On était deux, et le type qui travaillait avec moi parlait (un peu) anglais. Mais ça on aurait pas pu le deviner, parce qu’à moins de lui poser une question DIRECTE en anglais, il se serait jamais abaissé à dire bonjour, annoncer le prix ou en général chercher à communiquer autrement qu’en français, même quand il était évident que la personne en face de lui ne parlait pas la langue. Je l’ai entendu se plaindre qu’ils fallait bien que les clients apprennent le français vu qu’ils étaient en France.

Le pire, c’est que j’ai été surpris de voir que beaucoup d’étrangers parlaient, ou du moins essayaient de parler français, certains avec un très bon niveau, d’autres suffisamment pour pouvoir commander leur petit déj en français. C’est d’autant plus remarquable que vu le prix qu’ils payaient (camping 5 étoiles), ils étaient en droit de s’attendre à être servi en anglais. Ils ont bien fait de pas s’y attendre d’ailleurs, vu que si 25% du staff parlait autre chose que français, c’était le bout du monde. Enfin bon.

 

Baker

Journée typique au camping :
Mon collègue: « Alors ce s’ra quoi pour la p’tite dame s’matin? »
Touriste néerlandaise: « ??? »

 

Je vais pas m’étendre plus sur le sujet vu que bon, je suis pas linguiste ou sociologue, mais j’ai quand même le sentiment que cette obsession du français, si elle a sûrement fait beaucoup pour notre culture, a quand même un sérieux goût de passé et de nostalgie. Dans le contexte économique où l’on vit, ça me parait le genre de trucs qui peuvent passer de « cliché national rigolo » à « problème structurel » assez vite, même si je pense qu’on est sur le bon chemin.

De 0 à 48 h en suède

by timst on juillet 23, 2013

Ça y’est, vous allez partir pour Växjö. Vous vérifiez vos billets et papiers en boucle, mais au final la vraie difficulté ça va pas être le comptoir Air France : ça va être les premiers jours. Heureusement, je suis là pour vous.

L’aéroportairport

Alors je pars sur le principe que vous arrivez à Kastrup, l’aéroport de Copenhague, parce que si vous commencez à faire des trucs d’aventurier comme prendre un vol Ryanair vers l’aérodrome de Växjö ou affréter un dirigeable, vous avez assez de ressource pour vous débrouiller seuls.

Pour les autres, votre première réaction en arrivant dans le terminal sera sûrement « Wow, je suis au Danemark! ». Elle sera rapidement suivie d’une autre réaction quand vous apercevrez le premier Starbuck : « Wow, le café est à 6€. »

Ne traînez pas sur place (non, pas la peine, vous n’aurez pas le temps d’en profiter pour « voir Copenhague », n’essayez même pas), allez plutôt à la gare pour attendre le train. Passez le temps en vérifiant nerveusement que vous êtes sur le bon quai et que votre ticket est bien composté. Intéressez vous notamment à cette étrange machine bleue à côté du quai. Faut-il passer son ticket dessus? Mystère!

 

À faire : Poser une question évidente à l’accueil de l’aéroport. Voir l’hôtesse pointer vers un panneau géant juste à côté de vous avec la réponse marquée en lettres de 30 cm.

À faire : Sentir son portable vibrer dans sa poche, le regarder pour voir qui vous écrit, constater que c’est un message automatisé de votre opérateur qui vous souhaite la bienvenue au Danemark.

À ne pas faire : Obtenir des couronnes danoises. Ça vous servirait que de souvenir, et dans ce cas autant en acheter au retour que d’avoir à se trimbaler des pièces inutilisables pendant 6 mois.

À ne pas faire : Acheter quoi que ce soit qui ne soit pas indispensable à votre immédiate survie, si vous ne voulez pas que la banque bloque votre compte pour retrait excessif.

 

L’arrivée

vaxjo

Si vous êtes en Erasmus: sortez du train, montez dans le fourgon du VIS et laissez-vous guider.

Si vous êtes freemover: si vous arrivez suffisamment tôt, vous devriez avoir quelques heures de soleil avant que la nuit tombe et que les loups ne sortent des bois. Marchez en direction du sud sans vous arrêter. Si un ours attaque, sautez dans le lac (il y’a un toujours un lac) et attendez qu’il perde votre trace. Finissez par arriver à l’uni après avoir couru après le minibus du VIS pendant 2 km, et passez une heure à tourner en rond sans trop savoir quoi faire. Au bout d’un moment, comprenez qu’il fallait aux bureaux du logeur en face de la gare pour avoir ses clés. Trouvez un bus, montez dedans et essayez de payer par carte. Quand elle sera inévitablement rejetée, tapez-vous 25 couronnes de frais supplémentaire pour payer cash. Appelez vos parents pour vous plaindre. Tâchez de ne pas laisser les autres voyageurs voir vos larmes quand l’appel est déconnecté après 3 minutes parce que vous avez claqué votre forfait.

 

À faire : Immédiatement aller à ICA (aka le magasin que vos amis et famille vont confondre avec Ikéa pendant des mois) et prendre une photo instagram de la viande en tube, ou des krisprolls si vous êtes vraiment cliché.

À faire : Faire trois tours de magasin en cherchant la sortie sans achat, avant de réaliser que y’en a pas et que vous êtes censé passer entre les caisses.

À ne pas faire : Oublier d’amener une boite de chocolat aux gens du VIS (ou à défaut, un petit billet discrètement plié et mis dans la poche de leur sweater.)

 

Le bureau de changeforex

Comme les Suédois emploient une monnaie utilisable par eux-seuls comme si 2002 n’était jamais arrivé, vous allez peut être devoir changer de l’argent en vous acquittant au passage d’un taux de commission raisonnable n’excédant pas 70%. En faisant la queue, épiez ce groupe de chinois qui viennent d’entrer avec des billets de 500€ à la main. Approchez vous pour les observer en sachant que vous ne reverrez jamais ça de votre vie, mais ne soyez pas trop voyant si vous ne voulez pas vous prendre un taser dans la nuque.

 

À faire : S’écrier « Hey mais c’est le mec de l’université! » en regardant le billet de 100 SEK.

À ne pas faire : Couper la queue et passer devant tous le monde parce que la dernière fois que vous avez vu une file d’attente avec ticket c’était à la poissonnerie.

À ne pas faire : Demander aux locaux s’ils ont l’intention de passer à l’euro comme tout le monde, pfff.

 

Votre appart
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Après avoir encore exploré le campus de fond en comble pour trouver votre nouveau foyer, vous vous retrouvez dans votre chambre vide avec la valise sur le lit. Que faire maintenant?

Allez parler à votre coloc(s). Commencez par un « Hello I’m French! », et passez le reste de la conversation à se demander si votre accent n’est pas trop ridicule (si, il l’est). Posez immédiatement toutes les questions qui vous passent par la tête, même si votre coloc n’est là que depuis un jour.

 

À faire : Allumer la télé et chercher une émission typiquement suédoise. Se rendre compte que c’est virtuellement 100% de shows américains sous-titrés.

À faire : Immédiatement conquérir un étage du frigo (même si y’en a que 7 pour 8 personnes). Si vous êtes dans une coloc à deux, discuter pendant deux heures des règles et usages avec votre nouvel ami. Si vous avez réussi à trouver un appart tout seul, allez cacher le coffre d’or que vous devez avoir sur vous en permanence.

 

En soiréesivans

Vous découvrirez avec surprise que y’a des boîtes directement sur le campus. Après avoir essayé sans succès de comprendre la multitude de prérequis nécessaires pour entrer dedans, jetez l’éponge et devenez membre de toutes les associations du campus pour être sûr que ça passe. Le soir venu, apportez tout vos documents de votre permis de conduire à votre carte du VIS en passant par votre relevé de groupe sanguin et laissez le videur faire le tri.

Une fois à l’intérieur, regardez les prix, essayez de convertir mentalement en euro, dites vous que vous vous êtes forcément trompé c’est pas possible putain, sortez votre téléphone et recalculez pour être sûr. Vous aviez compté juste. Poussez un grand soupir en achetant la bière la moins chère (4€), et accoudez vous au comptoir pour essayer de repérer une suédoise sexy (ou un suédois sexy, ou les deux en même temps). Après un petit moment, commencez à vous dire que le ratio étudiants internationaux – locaux a l’air un peu déséquilibré. Demandez à un type qui a été ici un moment où se cachent les Suédois, en faisant une blague genre « Ils ont peur de nous ou quoi ? ». Observez son inconfort quand il commence à répondre en sortant « Bah en fait… »

Le temps que commenciez à vous plaire il sera facile une heure du mat, et c’est là que la musique (qui sera forcément « Don’t You Worry Child », pour la 27ème fois de la soirée) s’arrête et que tout le monde commence à sortir. Après avoir éliminé la thèse d’un exercice incendie, rendez vous à l’évidence: les boîtes ferment à 01:00 en semaine. Passez 15 minutes dehors à essayer de retrouver vos potes, et n’oubliez pas de crier « After party at Lyan! » (c’est traditionnel vous verrez). Au bout d’un moment, retrouvez vous à un after minable à PG18 avec un mec qui a branché son iPhone sur des enceintes de Carrefour. Finissez par rentrer et dormez pendant 8 heures. Réveillez vous à 10h du mat.

À faire : Aller directement à Lyan la prochaine fois. Se planter devant chaque inconnu et lui poser les Cinq Questions Rituelles « What’s your name? » « Where do you come from? » « What are you studying? » « One or two semesters? » « Exchange student or freemover? ». Puis passer au suivant en oubliant immédiatement le nom et le visage de la personne à qui vous venez de parler.

À faire : Si vous êtes une fille, ne surtout pas oublier de forcer son accent français pour que les mecs vous filent des drinks gratuits.

À ne pas faire : Débarquer en soirée les mains dans les poches en s’attendant à ce que l’alcool coule à flots. Oooh non: à 23€ la bouteille de vodka la moins chère, chacun apporte la sienne.

À ne pas faire : Demander à passer « Don’t You Worry Child » à l’after.

 

Et voilà, après ça vous devriez vous en sortir. Si vous avez d’autre questions (Comment peut-on manger sans brûler son compte en banque? Où trouver des baguettes? Où est le swimming pool?), envoyez moi un mail à info@visesn. Je suis très gentil et ne répond que très rarement des conneries pour me moquer de vous.

200 Jours

by timst on mars 26, 2013

Me revoilà! Ca fait mille ans (= 3 mois) que je veux faire ce post, mais à chaque fois je finis par bloquer par manque d’inspiration. Ah, et je me suis fait voler mon PC récemment, donc ça a pas aidé. Mais là on vient de passer la barre des 6 mois en Suède et je pense que y’a quand même moyen de faire quelque chose, si dieu (= le pc de la bibliothèque) le veut.

Fin Janvier, le premier semestre a laissé la place au second semestre (c’est souvent comme ça). En pratique, tous les gens que je connaissais ici – et en particulier tout ceux dont j’étais un tant soit peu proche – sont partis. Ça a fait vide pendant un moment. Pour éviter ça, je me suis depuis rapproché d’avantage des locaux et notamment des gens du VIS, même si devenir ami avec un suédois revient essentiellement à essayer d’apprivoiser une biche paranoïaque.

 

Heu ouais nan c’est plus Goodbye quand même.

 

En parlant du VIS, j’ai enfin eu l’occasion de participer à deux de leurs évènements majeurs, à savoir un weekend à Stockholm et un voyage en Laponie finlandaise.

 

Pour le premier, je pensais déjà connaître un peu la cité mais… haha, en 6 ans, on dirait que tout a changé. Ok j’ai pas forcément vu les même choses, et oui y’a des trucs qui bougent dans une capitale en une demi-décennie (par exemple, ils ne passent plus Mika en permanence à la radio maintenant), mais quand même. Je pense que ça illustre bien que les impressions qu’on a d’un voyage ou d’un endroit relèvent plus du contexte dans lequel on y va et de ceux qui nous y accompagnent que du décor.

 

Pour le voyage en Laponie c’était tout neuf par contre. 9 jours, dont 6 (6 !) de transport. Ça a donné un départ de l’uni à 7h après avoir travaillé la nuit précédente jusqu’à 5:30 (heureusement que c’était pas à moi d’organi- ah, mince.), suivi d’une demi journée de transport pour atteindre le port de Stockholm. En arrivant là bas, overnight trip dans un ferry qui ressemblait à un vrai paquebot, avec poignées de porte en laiton et luxueux restaurants (dont un buffet… à 36 euros. À ce prix là le vin était gratuit (et la société qui organise le voyage proprement-dit m’y avait invité), mais quand même, dur). Oh, et le thème de la semaine c’était la France, ce qui m’a conduit à me retrouver assis sur une grosse banquette au milieu du pont casino entouré de jeunes et jolies russes (des étudiantes de mon groupe, qu’est ce que vous allez imaginer ?) à assister à un spectacle privé de mime et d’accordéon, dans ce qui a sans doute été le moment le plus pimp de ma vie.

 

pimpVue d’artiste

 

Le lendemain, arrivée à Helsinki et une journée de visite (Helsinki, sa cathédrale, sa monnaie unique, son architecture). C’est plutôt sympa comme endroit, pour autant qu’on peut en juger en marchant au pas de charge de monuments en centre commerciaux.

Le soir, début du fantastique voyage: 12 heures de trajet en bus, avec arrêt toutes les 2 à 3 heures au milieu de nulle part. À chaque fois, on admire les étals de fruits exotiques des stations service en se demandant qui est le pauvre bougre chargé de faire 1000 km toutes les semaines pour amener 3 pastèques à un arrêt d’autoroute, on regarde avec empathie son groupe se transformer en horde de zombies à la retraite, et on recompte tout le monde en priant de ne pas avoir oublié un Coréen dans les toilettes de la station Shell du cercle polaire ou autre absurdité du genre. Puis on arrive là:

 

mapJ’aime bien le warning « This route crosses through Aland Islands ». Thar be dragons ere!

 

Alors on découvre le charmant village/centre touristique, ses chalets en bois avec cheminée (Ah bah oui, c’est pas l’auberge de jeunesse de Chamonix), sa plus longue piste de luge de Finlande (1.2 km. Excellent à descendre, une horreur a remonter à pied) et ses steaks de renne (à partir de 22 €).

 

sled

 

Puis on pousse l’expérience jusqu’à l’extrême en montant jusqu’à Bugøynes en Norvège, où on se baigne par -10C dans l’océan arctique. Puis on rentre à la maison en étant content de soi.

 

ocean

Engagement

by timst on décembre 24, 2012

Comme je l’avais déjà dit, j’ai peu de cours et ça me donne pas mal de temps libre. C’était particulièrement le cas début Novembre, où j’ai eu un gros trou de trois semaines avec rien du tout, et où je me suis dit « bon, manifestement faut pas attendre que les choses viennent à soi ici ». Dont acte.

 

L’occasion s’est très vite présentée : sur le campus, on a une association assez balaise nommée VIS (pour Växjö International Students), membre d’une organisation encore plus balaise, l’ESN (Erasmus Student Network). Comme son nom l’indique, elle coordonne les activités de tous les étudiants internationaux en Europe (pas seulement Erasmus, donc en fait je sais pas trop pourquoi j’ai dit « comme son nom l’indique »). Ici, VIS organise notamment des voyages en Laponie, à Stockholm ou en Russie, ainsi que divers évènements, repas et autres fêtes tout au long du semestre. Et tous les 6 mois, elle renouvelle une partie de son conseil. Résultat, je me suis présenté, et j’ai été désigné / élu comme responsable marketing (oui).

 

Pour résumer, ça consiste à fabriquer des posters et autre matériel publicitaire pour accompagner les évènements du VIS. En plus de ça, comme tous les autres membres du conseil, je devrais préparer et participer à certains évènements et voyages. Ça parait assez intéressant mais je me demande si je serais à la hauteur, surtout pour la partie graphique du truc. À vrai dire c’est pas du tout ce pour quoi je m’étais présenté (je voulais jouer un rôle de liaison avec ESN à l’origine), et bon, je vais remplacer une fille qui fait du photoshop professionnellement depuis huit ans. De mon côté, le maximum que j’ai fait ça a été de composer des images sur Gimp. Y’a comme un fossé.

 

involved_vis

Mais je vais quand même tout donner pour la gloire de, heu, pour la gloire de Växjö.

 

Quand je ne suis pas en train d’endosser des responsabilité trop grandes pour moi, je m’amuse à organiser des trucs à côté, juste pour rajouter du piment. Notamment, ma dernière idée vient d’un repas organisé par la communauté des étudiants Japonais de l’université. Là on parle du gros truc hein : plus de 250 invités, plateau de sushis et autres mets fins, danses traditionnelles, références à Evangelion en veut-tu en-voilà et autres powerpoint sur Fukushima (non, vraiment). Empreint d’une ferveur patriotique que je ne me connaissais pas, j’ai lancé l’idée d’un « french dinner », et ça donne ça :

 

buffet francais (3)

(Affiche faite par Boris, un des deux autres Nantais de l’université. Qui sont tous en info. Hm…)

 

Et oui, et oui. On attend 70 personnes dans un mois, et c’est en grande partie sur moi que repose le futur succès ou possible échec de cette soirée. Top ! Normalement ce sera un buffet plus qu’un vrai repas donc, avec toutes les petites spécialités clichés que vous pouvez imaginer : croissants, macarons, toasts au pâté, saucisson, plus, épiphanie oblige, une galette des rois, qui est, je l’ai découvert, le truc le plus folklo ever. Et comme le dit l’affiche, un verre de vin sera offert, parce que bien sûr.

 

 

Donc ouais, c’est clairement quelque chose de nouveau pour moi, qui jusqu’à maintenant ne me suis jamais trop impliqué en dehors de mes deux prises de pouvoir comme délégué de classe, lesquels ne n’ont finalement pas servi à grand chose. C’est aussi une façon de m’assurer une présence dans l’université, étant donné que je suis manifestement le seul international à rester là deux ans, les autres restant seulement un ou deux semestres, et la première vague partant bientôt. Mais j’y reviendrais prochainement. Je reviendrais également sur le bilan de ce premier semestre, et de ce que ça a changé dans ma vie sociale, émotionnelle et scolaire. À bientôt, donc !