Timst’s Happy Place

Transition

by timst on mai 20, 2012

Aujourd’hui j’ai dû traverser la moitié de ma ville natale pour rentrer chez moi. Ça m’a fait passer devant mon ancienne école et devant mon ancien collège, à travers des rues et des parcs que j’ai connu depuis mon enfance, sous les même pins que je regardais déjà il y a 20 ans.

C’était… déprimant. Badant. Voir les grilles fermées d’un collège qui semble sortir d’un passé lointain, puis réaliser que ça fera jamais que 6 ans qu’on y est pas allé, puis réaliser qu’il est quand même très probable que l’on ne reconnaisse et ne soit reconnu par personne à l’intérieur… C’était une courte marche, mais elle a réussi à m’embourber dans sa nostalgie.

 

Dans 3 mois je pars, au moins pour deux ans, en Suède. La raison officielle c’est « pour études », et de fait j’y vais pour un master en ingénierie logicielle, mais la vraie raison est beaucoup plus vaste : c’est pour échapper à mon passé.

Alors généralement quand on utilise une expression pareille les gens vous regardent d’un air inquiet, et vont s’imaginer un background à la Corneille, une origin story batmanesque, un truc glauque plein de viols et de misère, mais en pratique, pas besoin de ça. J’ai eu aucun évènement particulièrement traumatique dans ma vie. C’est bien là le problème d’ailleurs : ma vie est… pas aussi colorée que ce que je m’attendais. Je peux me tromper, mais en regardant autour de moi, en écoutant les gens, en matant des films, on a l’impression que tout devrait être « plus ». L’adolescence est censé être une fête sans fin avec des soirées légendaires, des histoires dont on se souvient toute sa vie, du sexe en-veut-tu en-voilà, etc… Et la vie étudiante, c’est la même chose, en pire.

Et moi, comparé à ça, c’est : quelques soirées pendant les dernières années, aucune particulièrement légendaire. Des souvenirs d’écoles, mais rien qui me marquera à jamais. Une seule copine, qui d’ailleurs double avec une seule fille avec qui j’ai partagé des plaisirs charnels. Donc oui, techniquement j’ai fait toutes les choses que ce qu’un homme de mon âge est censé avoir fait pour maintenant, mais c’est vraiment « techniquement ». J’ai pas besoin de regarder très loin pour voir des exemples de gens qui sont allés un peu plus loin que cocher une case dans une liste, et qui, en partant du même point que moi, ont maintenant vécu beaucoup plus de choses.

Je réalise en fait que, contrairement aux autres, je ne suis pas hanté par des souvenirs tristes ou traumatisants. Je suis hanté par des souvenirs heureux. De rares, courts instants où j’ai connu la joie, adossé à un mur de tente à rigoler avec des gens sympas, courant après des filles qui répondait juste assez pour rendre les choses intéressantes, mangeant, écoutant, profitant du moment présent.

Mais bien sûr, c’était éphémère, et je suis vite revenu à mon état actuel : triste, isolé, et obsédé par ce passé idéalisé, qui a son tour m’empêche de profiter du présent, créant une spirale infernale qui m’a peu à peu fait perdre les rares contacts qu’il me restait. À la fin j’ai touché le fond et simplement regretté toute ma vie et ce qui m’avait mené jusque là. Comme quoi, pas la peine de perdre toute sa famille dans une explosion de foreuse pour se retrouver plus bas que terre.

 

Mais comme je le disais, tout ça, c’est bientôt derrière moi. Cette descente en enfer a eu le mérite de faire place nette, et de me permettre de partir serein, en sachant que je ne vais laisser personne derrière, et que mon départ sera probablement peu remarqué. Pas de scène dramatique à Nantes Atlantique, pas de grands gestes d’adieu devant l’A332, c’est aussi bien. Il y’a peu de choses plus awkward que de tomber sur une relation dont la date d’expiration est largement dépassée.

Après faut rester réaliste et ne pas s’attendre non plus au miracle, mais c’est une occasion de changer sa vie que je ne vais pas laisser passer. J’ai hâte.